Au fil de l’exposition

1. L’esprit du temps

Chaud devant, froid derrière !

2. Agassiz, pionnier de la glaciologie

Louis Agassiz, zoologiste, paléontologiste, glaciologue: un des plus grands savants du XIXe siècle
Louis-Jean-Rodolphe Agassiz est né à Môtier (Fribourg) en 1807, et mort à Cambridge (Massachusetts, USA) en 1873.

Très tôt passionné par l’histoire naturelle, il étudie les poissons en Allemagne, puis à Paris. Nommé professeur à Neuchâtel en 1832, il y fonde, avec Louis Coulon, le Musée d’histoire naturelle et se fait remarquer du monde scientifique par une activité hors du commun. En 14 ans, il publie plus de 20 ouvrages fondamentaux, illustrés de plus de 2’000 planches d’une qualité extraordinaire, sur les poissons actuels et fossiles, les oursins, les mollusques, les glaciers, et fait de Neuchâtel un centre scientifique européen.

Son nom reste lié aux études menées sur le glacier de l’Unteraar dans les années 1840 et à la notion d’ « âge glaciaire ». Sa prise de position en faveur de la théorie glaciaire fait pencher la balance dans la controverse qui fait rage alors dans le monde scientifique.

En 1846, il quitte l’Europe pour les Etats-Unis où il gagne une popularité extraordinaire. Professeur à Harvard, il fonde le Museum of Comparative Zoology de Cambridge, l’un des plus grands musées d’histoire naturelle. Partisan de la théorie des créations successives, il devient le principal contradicteur de Darwin et voit son influence diminuer vers la fin de sa vie. Reconnu aujourd’hui surtout pour son rôle dans l’affirmation de la science américaine, Agassiz demeure l’un des plus grands savants du XIXe siècle.

Mémoire d'outre glace, un film inachevé de Célestin Quartier-Dumittan

Cette vidéo endommagée a été retrouvée en août 2006 dans une caméra abandonnée sur le glacier de l’Unteraar (Suisse). Œuvre d’un amateur passionné, elle est projetée telle qu’elle, en hommage à la mémoire de son auteur, Célestin Quartier-Dumittan. Parti de Neuchâtel en solitaire pour réaliser un film à la gloire de Louis Agassiz et de ses recherches sur les glaciers, il a disparu sur le glacier de l’Unteraar durant le tournage de son film. Toutes les recherches pour le retrouver sont restées vaines. Nous présentons ici les images brutes de cette vidéo, ayant en effet renoncé à faire un montage de ce document émouvant.

3. Du Déluge aux glaciers, ou Louis Agassiz et l’ère glaciaire

Pics sourcilleux, précipices affreux et glaciers sublimes

« Autrefois il n’y avait guère que les gens du pays ou quelques pauvres voyageurs venant d’Italie par le glacier du Gries qui traversaient le col du Grimsel ; mais de nos jours où tout le monde éprouve le besoin de faire son tour de Suisse et de courir de grands dangers au bord d’affreux précipices, le Grimsel est devenu une station très-fréquentée […] »

E. Desor Excursions et séjours dans les glaciers et les hautes régions des

Alpes, de M. Agassiz et de ses compagnons de voyage (1844)

Pendant des siècles, les Alpes ont terrorisé les voyageurs. Mais dans la première moitié du XIXe siècle, le Romantisme leur confère un attrait nouveau. De plus en plus nombreux, les touristes viennent visiter les vallées suisses pour y goûter le frisson des hauteurs.

Désormais, la montagne fascine les élites cosmopolites de l’Europe entière. Un mélange subtil, fait de nature hostile, immaculée et mystérieuse, de beauté sublime et d’un soupçon d’effroi, draine vers les cimes écrivains, peintres et dilettantes.

Les savants ne sont pas en reste: suite à la publication des Voyages dans les Alpes du Genevois Horace-Bénédict de Saussure (1779), naturalistes, botanistes, géologues parcourent les Alpes et publient leurs observations. Le Soleurois Franz Josef Hugi (1791-1855) est l’un des premiers à étudier et à mesurer les glaciers.

• La question des blocs erratiques. Des blocs étranges : diluvianistes & cie

« Les granites ne se forment pas dans la terre comme des truffes, et ne croissent pas comme des sapins sur les roches calcaires. »

H.-B. de Saussure Voyages dans les Alpes (1779)

La présence de blocs énormes de roches granitiques dans le Jura calcaire a depuis longtemps intrigué les savants. Comment expliquer leur présence si loin des Alpes ? Quelle force extraordinaire a pu les transporter sur de telles distances, leur faisant même remonter des pentes ?

Aussi surprenant que cela puisse paraître aujourd’hui, c’est dans le récit biblique du Déluge que de Saussure et les plus grands géologues de l’époque ont cherché la solution de cette énigme (c’est pourquoi les blocs erratiques ont longtemps été qualifiés de « matériel diluvien » - du mot latin diluvium : le déluge). Pour eux, c’étaient les vagues énormes du Déluge biblique qui avaient entraîné les blocs de granit loin des Alpes. Leopold von Buch avait même calculé la force de courant nécessaire à un flot de boue pour faire remonter les pentes du Jura à des blocs pesant des milliers de tonnes.

Le transport par des radeaux de glace, des débâcles gigantesques, des explosions de gaz projetant les blocs à des centaines de kilomètres, ont aussi été avancés comme causes possibles de la dispersion du matériel erratique. Ces théories un peu folles n’étaient guère fondées sur des observations de terrain : il s’agissait plutôt de spéculations de cabinet. Elles ont pourtant été défendues jusque dans les années 1850.

• La question des blocs erratiques : les pionniers de la théorie glaciaire

« Les glaciers de nos montagnes ont eu jadis une bien plus grande extension qu’aujourd’hui. Toute notre vallée, jusqu’à une grande hauteur au-dessus de la Drance (torrent de la vallée), a été occupée par un vaste glacier, qui se prolongeait jusqu'à Martigny, comme le prouvent les blocs de roches qu’on trouve dans les environs de cette ville et qui sont trop gros pour que l’eau ait pu les y amener. »

Jean-Pierre Perraudin, propos tenus en 1815, relatés par Jean de Charpentier

On considère souvent Louis Agassiz comme le « père » de la théorie glaciaire. En réalité, il en est surtout le propagateur, car il s’est appuyé sur les travaux de prédécesseurs demeurés dans l’ombre. A qui revient la paternité de l’idée du transport et de la dispersion des blocs erratiques par les glaciers ?

Il est bien difficile de répondre précisément à cette question. Sur la base de ses observations personnelles, Jean-Pierre Perraudin, un paysan de Lourtier (Valais), était arrivé seul à la conclusion que les glaciers avaient occupé autrefois toute la Vallée de Bagnes. En 1815, il expose ses vues à l’ingénieur Ignaz Venetz, puis au géologue Jean de Charpentier, qui écrit alors: « … je trouvais son hypothèse si extraordinaire, si extravagante même, que je ne jugeai pas qu’elle valût la peine d’être méditée et prise en considération. ».

Ignaz Venetz fournit, dans son Mémoire sur les variations de la température dans les Alpes suisses (rédigé en 1821 mais publié en 1833 seulement), de nombreuses preuves que les glaciers avaient connu une extension bien plus grande au cours des siècles précédents. Recueillies dans tout le Valais, ses observations minutieuses incitèrent son ami Charpentier à étudier à son tour le matériel erratique jusque dans le Jura afin de convaincre Venetz de son erreur. Ses observations eurent l’effet contraire : elles l’amenèrent à se rallier à la thèse glaciaire. Les remarquables observations de Charpentier sont réunies dans son Essai sur les glaciers et sur le terrain erratique du bassin du Rhône (1841). Venetz et Charpentier sont actuellement considérés comme les véritables pères de la théorie glaciaire.

D’autres savants avaient déjà émis des idées similaires auparavant : le Bernois Bernhard-Friedrich Kuhn avait publié en 1787 la première étude traitant du transport des blocs de rochers par les glaciers ; l’Ecossais James Hutton avait énoncé succinctement l’hypothèse glaciaire dans un ouvrage paru en 1795 ; son compatriote John Playfair, en 1802, avait décrit le pouvoir de transport des glaciers ; Jens Esmark, en 1824, avait attribué aux glaciers la dispersion des blocs erratiques dans toute la Norvège ; le poète Goethe lui-même, en 1829, avait évoqué l’hypothèse du transport glaciaire. Ces travaux n’avaient pourtant rencontré que peu d’écho à leur publication.

• Le Discours sur les glaciers, texte visionnaire ou tissu d’erreurs ?

« Depuis que j’ai vu les glaciers, je suis d’une humeur tout à fait neigeuse ; je veux que toute la surface de la terre ait été couverte de glace et que toutes les créations qui ont précédé la nôtre soient mortes de froid. En effet je suis entièrement convaincu que tous les derniers changements, survenus à la surface de l’Europe, doivent être attribués à l’action de la glace. »

Louis Agassiz, lettre au savant anglais Buckland, 1838

Convaincu par Charpentier du bien-fondé de la thèse glaciaire, Louis Agassiz met tout son poids dans la bataille pour la faire triompher.

Devant l’assemblée de la Société helvétique des Sciences naturelles réunie à Neuchâtel en 1837, il prononce le fameux Discours sur les glaciers, qui provoque un véritable tollé parmi ses collègues et est parfois considéré – à tort – comme le point de départ de la théorie glaciaire.

En 1836, jeune savant déjà célèbre pour ses travaux zoologiques et paléontologiques, Agassiz avait passé plusieurs mois à Bex, où Charpentier lui avait montré sur le terrain les traces du passage des glaciers.

S’appuyant sur les travaux de Venetz et de Charpentier, qu’il enrichit par des observations personnelles, Agassiz confère à la thèse glaciaire une dimension planétaire. Empruntant à son ami Karl Schimper l’expression d’« âge glaciaire », il affirme qu’une énorme calotte de glace a recouvert jadis une grande partie de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Il se trompe en plaçant cet « âge glaciaire » avant l’élévation des Alpes : selon lui, les blocs erratiques seraient parvenus jusqu’au Jura en glissant sur les pentes glacées des Alpes en formation, une idée vivement combattue par Charpentier.

Ses affirmations sont très mal reçues par la communauté scientifique : à l’époque, on était convaincu que dans les périodes géologiques anciennes, la Terre avait toujours connu un climat plus chaud. Piqué au vif, Agassiz décide de lancer une étude approfondie des glaciers actuels, afin de confondre ses adversaires.

• Recherches sur les glaciers : le glacier de l’Unteraar et l’«Hôtel des Neuchâtelois»

« Depuis 60 heures il ne cesse de neiger autour de nous ; la température de l’air ne s’est pas élevée au-dessus de +1°C depuis deux jours et la nuit nous avons –4°C. Nous sommes tous ensevelis dans le foin sous notre tente et c’est à peine si je puis tenir la plume pour vous rendre compte des observations de la dernière quinzaine… »

Carl Vogt et Louis Agassiz, brouillon de lettre écrite depuis l’« Hôtel des Neuchâtelois »

En août 1840, sous la direction de Louis Agassiz, une équipe de six jeunes savants s’installe sur la moraine médiane du glacier de l’Unteraar, dans la région du Grimsel. Sous la saillie d’un énorme bloc de schiste micacé, ils aménagent un abri de fortune, baptisé par dérision l’ « Hôtel des Neuchâtelois ». Jusqu’en 1845, les campagnes se succéderont durant les mois d’été – et parfois même en hiver - dans cette entreprise scientifique qui n’a pas d’équivalent pour l’époque. Dans des conditions souvent très difficiles, un impressionnant programme d’étude est réalisé.

Entre 1838 et 1845, Agassiz et ses compagnons sillonnent les Alpes, multipliant observations, mesures et expériences diverses. Le glacier de l’Unteraar devient rapidement le centre des recherches glaciologiques. L’enthousiasme contagieux et l’extraordinaire sens de la communication d’Agassiz, la nouveauté d’un tel travail collectif, font de l’Hôtel des Neuchâtelois un pôle d’attraction pour les savants étrangers, visité aussi par les simples touristes.

Aux côtés de Louis Agassiz, ses camarades Edouard Desor, Carl Vogt, Célestin Nicolet, Arnold Guyot et bien d’autres prennent part aux recherches, accompagnés par les artistes Jacob Bourckhardt et Joseph Bettanier. Les sujets d’étude ne manquent pas : formation et structure de la glace, variations de la température, épaisseur et mouvements du glacier, circulation de l’eau, moraines, blocs, et même flore et faune microscopique du glacier. De cette importante moisson scientifique naissent d’innombrables publications dont deux ouvrages majeurs accompagnés de planches splendides, les Etudes sur les glaciers (1840) et le Système glaciaire (1847).

Louis Agassiz, prophète de la science

« Ainsi, l’époque de grand froid qui a précédé la création actuelle, n’a été qu’une oscillation passagère de la température du globe… Elle a accompagné la disparition des animaux de l’époque diluvienne des géologues, comme les Mammouths de Sibérie l’attestent encore, et précédé le soulèvement des Alpes et l’apparition des êtres vivant de nos jours… »

Louis Agassiz Discours sur les glaciers, 1837

Pour Agassiz, l’âge glaciaire a provoqué l’extinction de toutes les espèces vivantes. Raclant la Terre jusqu’au roc, les glaciers ont été « la charrue de Dieu » : ils ont fait place nette pour une Création nouvelle – et pour l’avènement du règne de l’Homme.

Partisan du « catastrophisme » de l’illustre Georges Cuvier, Agassiz considère que les ruptures observées dans les séries géologiques résultent de cataclysmes planétaires : l’histoire de la Terre a été rythmée par des successions de catastrophes, qui ont ouvert à chaque fois la voie à de nouvelles Créations. Avec l’« âge glaciaire », la science du 19e siècle tient donc enfin la cause concrète de la dernière catastrophe – celle qui a précédé la Création actuelle et l’avènement du couronnement de l’œuvre de Dieu : l’Homme.

Les recherches glaciaires d’Agassiz s’inscrivent dans une production scientifique tournée toute entière vers la mise en évidence d’un Plan divin dans l’histoire de la nature. Par ses recherches d’embryologie, de zoologie et de paléontologie, Agassiz s’est attaché à montrer que la succession des espèces répondait à une progression régulière, dont l’ordre avait été défini par Dieu au commencement des temps. Pour lui, la science naturelle permettait ainsi, mieux encore que l’étude de la Bible, de toucher à la Révélation divine. Et dans le déchiffrement du « Grand Livre de la Nature », Agassiz se tenait pour un prophète – le prophète de la science.

Aux Etats-Unis, où il s’établit en 1846, ce message sera reçu avec enthousiasme : au pays des pionniers puritains, Agassiz réconcilie les valeurs de la science avec les exigences de la religion. S’affirmant comme le patron de la science américaine, Agassiz y devient aussi le principal contradicteur de Darwin. Sous de nombreux aspects pourtant, ses travaux anticipaient la théorie de l’évolution.

Aujourd’hui, le triomphe du darwinisme a relégué Agassiz dans les oubliettes de l’histoire. De plus, sa renommée a beaucoup souffert de la caution scientifique qu’il a voulu apporter au système esclavagiste. Néanmoins, par ses travaux comme par son engagement pour la promotion de la science, Agassiz demeure l’un des plus grands savants du 19e siècle.

Un savant séducteur, Louis Agassiz (1807-1873) prophète de la science

Une nouvelle biographie par Marc-Antoine Kaeser est publiée aux Editions de l’Aire à l’occasion de l’exposition.

4. Comprendre les glaciers

Bases scientifiques de la glaciologie

Comment se forment les glaciers ?
De neige en glace

Comment la neige, si volatile et légère, peut-elle se transformer en glace ? Tout simplement par compaction, à condition qu’il fasse assez froid là où elle peut s’accumuler, sur les pentes et cirques d’altitude (ou aux pôles), et se tasser sous son propre poids. La structure de la neige change, les cristaux de neige se transforment en cristaux de glace qui deviennent de plus en plus gros avec le tassement. L’alternance gel-dégel favorise la transformation: en fondant la neige passe par l’état liquide et recristallise en glace.

Dans des conditions favorables, la glace va donc s’accumuler en amont, avant de se mettre à avancer, par simple gravité, du fait de la pente. La vitesse du mouvement est fonction de l’alimentation, de la pente, de la nature du fond (moraine ou roche) et des conditions climatiques. La vitesse de déplacement est plus rapide en été, car la présence d’eau de fonte accélère le mouvement en servant de lubrifiant.

Un glacier est-il un fleuve de glace ?

Qualifier un glacier de fleuve de glace est sûrement un peu abusif, et pourtant il avance ! Séracs, crevasses et moraines médianes sont les preuves visibles, sur le glacier lui-même, de ce mouvement lent mais incessant.

La vitesse de déplacement atteint en général quelques centimètres à quelques dizaines de centimètres par jour, même si certains glaciers peuvent avancer quotidiennement de plusieurs mètres. Le glacier Kangerlussuaq au Groenland bat tous les records avec une vitesse de 40 mètres par jour, soit environ 14 kilomètres par an !

Le poids de la glace provoque, sous le glacier, une surpression et une fonte partielle au contact avec la roche ou la moraine de fond: cette couche d’eau favorise le glissement du glacier sur le fond rocheux. La glace n’étant pas un liquide, ni une plaque rigide, mais une matière visqueuse, les changements de pente ou de direction provoquent la formation de fissures là ou les tensions sont très grandes.

La dynamique globale du glacier est une question d’équilibre entre accumulation des précipitations neigeuses dans la partie amont et évaporation et fonte dans la partie aval.

Pourquoi la glace des glaciers est-elle parfois bleue, parfois blanche ?

La couleur de la glace dépend de la proportion d’air qu’elle contient. Lorsqu’elle se forme à partir de la neige, la glace est blanche car elle contient beaucoup d’air. Dans un glacier, la teneur en air diminue continuellement et la glace devient bleue, puis transparente.

Dans les glaciers, la couleur de la glace dépend en premier lieu du poids de glace ou de neige qui la recouvre. La teneur en air diminue continuellement au cours de la transformation de la neige en glace. La neige fraîchement tombée est constituée d’un empilement lâche de cristaux séparés par de l’air. Une nouvelle chute de neige tasse l’ancienne couche et en expulse une partie de l’air.

La neige poudreuse contient 90% d’air, alors que la glace de glacier n’en contient plus en moyenne que 2%. Les névés – étape intermédiaire dans la formation de la glace - en contiennent entre 50 et 80%.

Souvent la glace des glaciers est stratifiée, des bandes blanches alternent avec de bandes bleu- verdâtre. Cette stratification est liée aux saisons. La glace peu dense, avec beaucoup de bulles et de couleur blanche, se forme en hiver. La glace bleu-verdâtre par contre est plus dense, contient moins d’air et se forme en été, quand l’alternance gel-dégel à température élevée diminue les bulles d’air.

La glace d’un lac gelé a un aspect très différent. L’eau ne contenant pratiquement pas d’air, la glace qui se forme est transparente comme une plaque d e verre. L’eau qu’elle recouvre peut paraître sombre et même parfois pratiquement noire.

N’y a-t-il des glaciers que sur les montagnes ?

Il faut monter jusqu’à 2700m au moins dans les Alpes pour que des glaciers puissent se former. Mais plus on s’approche des pôles, plus on trouve des glaciers à basse altitude. Ils peuvent exister jusqu’au niveau de la mer si les conditions de température et de précipitations le permettent.

Deux grands types de glaciers existent :

les glaciers alpins. Leur morphologie est dépendante du relief. Ils occupent des sortes de « pièges à glace » comme le fond d’une vallée (glacier de vallée), le fond d’un cirque rocheux (glacier de cirque) ou la partie sommitale du flanc ombragé d’une montagne, le plus souvent en versant nord (glacier suspendu). Arrivé en terrain libre, un glacier de vallée s’élargit et forme un lobe parsemé de crevasses (glacier de piémont).

les glaciers continentaux. De très grande étendue et de forte épaisseur, ces immenses amas de glace recouvrent le terrain quel que soit le relief et présentent une surface bombée. On distingue les calottes glaciaires dont l’étendue est inférieure à 50'000 km2 et les inlandsis (plus de 50'000 km2). Il n’existe que deux inlandsis sur Terre, celui de l’Antarctique et celui du Groenland.

Y a-t-il des glaciers dans le Jura ?

Les derniers glaciers ont disparu de la chaîne jurassienne il y a environ 10’000 ans. Par contre, on rencontre encore localement de la glace dans le sol (pergélisol) et l’environnement souterrain (glacière).

Le pergélisol (permafrost en anglais) désigne un sol gelé en permanence. Au niveau planétaire, il s’étend sur environ 20% des terres émergées. Dans les Alpes, il est présent à partir de 2500 m d’altitude et plus spécialement sur les versants exposés au nord (ubac). On estime que 5 à 6% du territoire suisse est occupé par le pergélisol. C’est plus que les surfaces couvertes par les glaciers. Dans le Jura, il existe quelques cas de sols gelés en permanence, liés à des conditions particulières d’exposition et de circulation des masses d’air, comme par exemple au fond du cirque rocheux du Creux-du-Van.

Une glacière naturelle est une cavité souterraine qui contient de la glace tout au long de l'année, dans une région où la température moyenne annuelle est plus élevée que zéro. La glacière fonctionne comme un congélateur naturel; l’air froid qui s’y trouve, plus dense que l’air extérieur, est piégé à l’intérieur de la grotte permettant la conservation de la glace. Il existe une vingtaine de glacières dans des grottes du Jura, dont la plus importante en volume est la glacière de Monlési dans le canton de Neuchâtel (6'000 m3).

Quelle est la principale réserve d’eau douce de la planète ?

A eux seuls, glaciers et neiges éternelles constituent plus des deux tiers de toute l’eau douce présente sur Terre, soit plus de 24 millions de km3. Ce n’est toutefois qu’une goutte - ou presque - par rapport aux 1'000 millions de km3 d’eau salée contenue dans les mers et les océans.

L’eau douce est la plus précieuse des ressources naturelles, indispensable à la vie des organismes vivants, plantes et animaux, et à notre bien-être. Les glaces en constituent la plus importante réserve: à lui seul l’Antarctique recèle 61,7 % de l’ensemble des eaux douces et le Groenland 6,7%. Une grande partie du reste est stockée dans les eaux souterraines (30%). Quant à l’eau des lacs et des rivières, directement disponible, elle n’entre que pour une infime proportion (moins de 0,27%) dans le volume total.

Y a-t-il de la glace dans l’espace ?

La glace joue un rôle très important dans l’univers, non seulement dans l’espace interstellaire, mais également dans la composition des planètes. Petit tour d’horizon très simplifié des connaissances actuelles, de la naissance des étoiles aux éruptions de glace, en passant par les comètes et les anneaux de Saturne !

A quoi reconnaît-on un paysage glaciaire ?

Les glaciers fonctionnent comme de gigantesques rabots donnant aux vallées, après leur passage, une forme en auge ou en U bien reconnaissable. Roches moutonnées, verrous et ombilics, moraines et blocs erratiques sont les autres traces caractéristiques laissées dans le paysage par les glaciers.

L’érosion glaciaire se fait par abrasion, arrachement, fractionnement de la roche en place. Les vallées en auge sont les témoins les plus visibles de l’action des glaciers sur le paysage.

Après le retrait du glacier, une vallée présente une alternance de ressauts (verrous glaciaires) et de dépressions (ombilics), zones plus tendres, surcreusées souvent occupées par des lacs. Les bancs rocheux résistants prennent l’aspect de roches moutonnées lorsqu’ils présentent un arrachement vers l’aval et un poli vers l’amont (voir schéma).

Les blocs erratiques et les moraines, dépôts de matériaux rocheux divers transportés sur le dos des glaciers ou poussés devant eux, puis abandonnés lors de leur retrait, marquent aussi le paysage de leur empreinte longtemps après leur passage.

Qu’est-ce qu’un bloc erratique ?

Le mot erratique vient du latin erraticus qui veut dire errant. Un bloc erratique est donc un bloc qui s’est déplacé. Cependant il n’a pas bougé tout seul: il a voyagé sur le dos d’un glacier.

Détaché d’une paroi rocheuse et tombé sur le glacier, le bloc progressera à la même vitesse que la glace. Son voyage s’arrête au moment où la glace qui le porte fond. Abandonné sur place, il peut se trouver à des centaines de kilomètres de son point de départ.

On peut parfois déterminer le lieu d’origine précis d’un bloc en analysant ses caractères pétrographiques (composition, structure cristalline et chimie des minéraux). Plus simplement, certaines roches bien particulières ne se rencontrent que dans des régions restreintes des Alpes: ainsi les blocs de serpentinite - roche métamorphique de couleur vert foncé - trouvées dans le Jura proviennent forcément du massif du Cervin et des régions avoisinantes.

Des blocs erratiques isolés peuvent servir à déterminer l’extension maximale d’un ancien glacier si une érosion intense a fait disparaître les moraines. C’est le cas du bloc erratique de la colline de la Croix-Rousse à Lyon, vestige de la glaciation du Riss (–300'000 à -120'000 ans).

Le glacier du Rhône, origine des blocs erratiques du Jura

Réduit de nos jours à l’état de relique, ce glacier (situé à environ 3km au NW du col de la Furka) occupait toute la vallée du Rhône et s’étendait jusqu’au Jura. Le long du parcours, les glaciers des vallées secondaires ajoutaient leur masse de glace à celle du glacier principal. Au niveau du Léman, le glacier prenait l’aspect d’un glacier de piémont. Il se divisait en deux branches distinctes au contact du Jura: l’une passant par Genève finissait vers Lyon (au Riss et au Würm) et l’autre passant par Neuchâtel se terminait peu après Soleure à Wangen an der Aare (uniquement au Würm, car son extension rissienne était beaucoup plus importante).

Le glacier de l’Aar, venait du massif du même nom, par les actuels lacs de Thoune et de Brienz. Près de Berne, il rencontrait le glacier du Rhône qui le déviait en direction de Soleure.

•  Y a-t-il des blocs erratiques dans le Jura ?

Le Jura est parsemé de blocs erratiques jusqu’à une altitude de 1100m, voire 1250m au Suchet. C’est le niveau atteint par le glacier du Rhône durant son extension maximale lors de la dernière glaciation.

Quelques blocs se trouvent à une altitude supérieure ou dans des régions qui n’ont pas été atteintes par la glaciation du Würm, autour de la ville de La Chaux-de-Fonds par exemple. Il s’agit donc de cailloux déposés antérieurement, lors de la glaciation du Riss.

La plupart des blocs erratiques sont des roches cristallines, beaucoup plus dures que les calcaires formant le Jura. Ce type de matériau était très recherché pour la construction. Au 19e siècle par exemple, les énormes blocs de granite de la région de Noiraigue ont servi à façonner les marches d’escalier et encadrements de fenêtre de nombreux bâtiments de ce village du Val-de-Travers.

Mais bien longtemps auparavant, des hommes avaient taillé ces blocs, pour en faire des menhirs, des meules ou des pierres à cupules. Il est extrêmement difficile de dater ce matériel mégalithique. Dans certains cas seulement, en découvrant des restes archéologiques sous un dolmen, on a pu attribuer une date à ces premières traces d’exploitation qui remontent au Néolithique (il y a 5'000 à 2’500 ans).

Certains blocs erratiques sont parmi les premiers objets naturels à avoir été placés sous protection. C’est le cas de la Pierre-à-Bot au-dessus de Neuchâtel. Cet énorme bloc de granite de 3000 tonnes a été classé en 1838 « monument précieux d’histoire naturelle » suite à une requête de Louis Agassiz, et a échappé ainsi au débitage par les carriers.

Qu’est-ce qu’une moraine ?

On appelle moraine tout matériau transporté par les glaciers: les amas de débris rocheux présents à leur surface, de même que les dépôts qu’ils ont abandonnés.

Les matériaux des moraines ne sont pas triés: poussière de roche, argiles, sables fins ou grossiers, cailloux de toutes tailles et gros blocs y voisinent dans le désordre le plus total.

L’aspect anguleux des cailloux et des blocs permet de reconnaître facilement une moraine.

Au contraire, dans les bancs de sable, de gravier ou de galets transportés par les rivières ou l’eau en général, les éléments sont toujours plus ou moins triés par taille et leurs angles ont été émoussés par le transport (galets arrondis par exemple).

On reconnaît quatre principaux types de moraines:

- moraine latérale: accumulation des matériaux arrachés par le glacier ou tombés à sa surface depuis les pentes rocheuses qui le bordent

- moraine médiane: réunion des moraines latérales de deux glaciers confluents

- moraine de fond: matériaux arrachés au substrat rocheux sous le glacier et broyés par les mouvements de la glace

- moraine frontale: accumulation à l’avant du glacier des matériaux arrivés à l’extrémité de la langue

Le terme till est également souvent employé pour désigner une moraine non consolidée.

Comment se forment les marmites glaciaires ?

Une marmite glaciaire est un trou dans la roche en forme de marmite - ou plutôt de chaudron - dans lequel est souvent emprisonné un gros caillou. La formation de la marmite est due à l’action de l’eau de fonte chargée de particules rocheuses abrasives.

Depuis la surface du glacier, l’eau s’engouffre dans des crevasses jusqu’à sa base rocheuse, y donnant naissance à des torrents. A certains endroits, des tourbillons se créent où l’eau peut atteindre 200 km/h sous des pressions gigantesques. L’eau chargée de particules fines de sables et de gravier érode la roche.

Contrairement à une idée répandue, ce n’est donc pas le mouvement du bloc emprisonné qui creuse le trou. Le caillou, un peu plus petit que la taille du fond de la marmite, s’est simplement trouvé piégé à l’intérieur. Plus gros il ne tomberait pas dans le trou, plus petit il serait à nouveau éjecté par la force du tourbillon.

Comment se forment les stries glaciaires ?

Les stries glaciaires sont les traces, gravées dans le rocher, du passage d’un glacier. Elles sont produites par le frottement de rochers ou de fragments minéraux enchassés dans la glace qui rayent la roche en place. Elles indiquent le sens du mouvement du glacier. Des polis glaciaires apparaissent dans les zones passées au « papier de verre » du glacier chargé de fine farine de roche.

Les stries glaciaires permettent de prouver l’existence de glaciers à des périodes très anciennes de l’histoire de la Terre. On en a retrouvé par exemple sur des roches datant du Carbonifère (355 à 295 millions d’années) en Afrique du Sud, et même de l’Ordovicien (500 à 440 millions d’années) au Sahara. Grâce à l’étude minutieuse de la direction des stries, on a pu définir les mouvements des calottes glaciaires présentes durant ces deux périodes géologiques en Afrique, continent qui occupait alors une position proche du pôle sud.

Y a-t-il des stries glaciaires dans le Jura ?

Le glacier du Rhône a effectivement « apposé sa griffe » sur les roches calcaires du Jura. Dans la région neuchâteloise, les dalles striées du Landeron, étudiées par Agassiz lors de ses recherches sur les glaciers dans les années 1840, restent l’un des exemples les plus connus. Malheureusement, il n’en subsiste presque plus rien aujourd’hui.

Y a-t-il toujours eu des glaciers dans les Alpes depuis la dernière époque glaciaire ?

La surface occupée par les glaciers a beaucoup varié depuis la fin de la dernière glaciation. Des études récentes basées sur la datation des restes végétaux rejetés par les glaciers ont montré que, au cours des derniers 10'000 ans, ceux-ci ont été, le plus souvent, moins étendus qu’aujourd’hui. Des zones actuellement recouvertes de glaciers ont pu être libres de glace il y a quelques milliers d’années.

Les troncs d’arbre (mélèzes et arolles surtout) rejetés par les glaciers montrent que des arbres croissaient par le passé dans des zones actuellement recouvertes de glace. Il est possible de retracer l’histoire locale de la végétation et du climat d’une région par datation au carbone 14 de bois ou de tourbe retrouvés dans des moraines d’altitude supérieure à celle du front d’un glacier actuel. Les résultats de multiples analyses de ces bois ont permis de déterminer une dizaine de phases de retrait glaciaire (épisodes chauds) entrecoupées d’autant de phases de crue des glaciers.

Quelle a été l’extension maximale des glaciers ?

La Suisse a subi plusieurs glaciations, mais nous n’avons de traces tangibles que des deux dernières périodes glaciaires, celle du Riss (-300'000 à -120'000 ans environ) et celle du Würm (-80'000 à -10'000 ans environ). Dans les deux cas, la majeure partie du pays a été recouverte par les glaces.

Puisque chaque nouvelle glaciation efface, au moins partiellement, les traces de la précédente, nous ne trouvons plus, aujourd’hui, que les dépôts pierreux, moraines et blocs erratiques, des deux dernières périodes glaciaires.

L’extension maximale des glaciers a été plus importante durant le Riss que durant le Würm. Le glacier du Rhône s’étendait sur l’ensemble du Plateau suisse. Il a largement débordé la haute chaîne du Jura et recouvert une grande partie du Jura français.

Le maximum du Würm a eu lieu il y a 18'000 à 20'000 ans environ (voir carte). Le glacier du Rhin recouvrait tout le nord-est du pays. Le glacier du Rhône a une nouvelle fois occupé le Plateau. Aux environs de Berne, il a rejoint le glacier de l’Aar pour s’étendre au-delà de Soleure jusqu’à Wangen an der Aare. En revanche il n’a pas rejoint le glacier de la Reuss, laissant libre de glace le massif du Napf et la région qui l’entoure. Au sud des Alpes, la région du Monte Generoso a été épargnée.

Le Jura est resté en partie libre de glace à l’exception de la Vallée de Joux, de la région de Sainte-Croix, du Val-de-Travers et du Val de Ruz tandis que des glaciers locaux recouvraient les sommets.

Quelles sont les causes de l’avance et du recul des glaciers ?

La « santé » des glaciers dépend non seulement des températures estivales mais également des précipitations annuelles. Pour qu’un glacier reste stable, l’apport sous forme de neige dans la zone d’accumulation doit compenser la fonte de la glace en aval. Les conditions climatiques régionales, elles-mêmes sous la dépendance de l’altitude et de la latitude, sont donc primordiales, du moins à une échelle de temps humaine.

La fonte directe de la glace à la surface du glacier et à l’extrémité de la langue alimente un torrent glaciaire dont le débit varie suivant la saison et le moment de la journée. De plus, lors des journées très chaudes, la glace se transforme directement en vapeur d’eau par sublimation (passage de l’état solide à l’état gazeux) à la surface du glacier.

Les précipitations neigeuses peuvent compenser ces pertes si elles sont suffisamment abondantes. Une série d’années froides et neigeuses se traduit par une crue du glacier. Au contraire, les étés très chauds que nous vivons depuis quelques décennies ont provoqué un recul important des glaciers. Le réchauffement climatique actuel lié à l’augmentation des gaz à effets de serre d’origine humaine en est la cause avérée.

Les éboulements dans les Alpes sont-ils liés à la fonte des glaciers ?

Deux processus distincts, agissant à des échelles de temps différentes, sont à l’œuvre :

- la fonte du pergélisol, qui est liée au réchauffement climatique d’origine humaine observé actuellement

- le recul progressif des glaciers depuis la fin de la dernière période glaciaire il y a 20'000 ans, qui n’est pas directement lié à ce réchauffement

Les chutes de pierres du Cervin et l’éboulement de l’Eiger, qui ont tous deux fait les titres de l’actualité, sont des exemples de l’un et l’autre de ces processus.

Les chutes de pierres du Cervin, qui rendent périlleuses les ascensions de ce sommet prestigieux, sont en relation directe avec le réchauffement climatique anthropogène. Au-dessus de 2500m, le sol est gelé en permanence depuis des milliers d’années. A cause du réchauffement, le « ciment » que constituait la glace se met à fondre, risquant à tout moment de provoquer la chute de grosses masses de pierres.

Les causes de l’éboulement de l’Eiger doivent être recherchées bien plus loin dans le temps et ne sont pas en relation directe avec le réchauffement climatique récent. Depuis des millions d’années, les masses rocheuses des Alpes sont parcourues de failles et de fentes. Lorsque ces failles courent parallèlement aux vallées, les risques d’éboulement sont grands.

Lors de la dernière glaciation, les glaciers ont creusé de profondes vallées et accru le risque d’éboulement. Tant que les glaciers remplissent les vallées il n’y a pas de danger, mais lorsqu’ils se retirent, les masses rocheuses ne sont plus retenues que par leur poids. Leur chute n’est dès lors plus qu’une question de temps – mais de temps géologique, car il peut s’écouler des siècles voire des millénaires jusqu’à ce qu’elles se mettent en mouvement.

Quel âge a la plus vieille glace du monde ?

La plus vieille glace trouvée sur Terre est âgée de 900'000 ans. Elle provient d’un forage profond (3270 mètres) dans la calotte glaciaire de l’Antarctique. Il a fallu 9 ans aux foreuses dans les conditions polaires difficiles pour atteindre cette profondeur.

Cette glace a été extraite au cours d’une mission EPICA, un projet sur 8 ans de forage dans les glaces de l’Antarctique, réunissant des scientifiques et des techniciens de 10 pays européens. Les petites bulles d’air contenues dans cette glace sont extraites pour connaître les changements de composition de l’atmosphère terrestre. Les analyses nous renseignent d’une part sur les variations de température aux époques passées, et, d’autre part, sur les changements de concentration des gaz et des particules contenues dans l’atmosphère au cours du temps.

5. La valse du climat, pourquoi ?

Les causes des glaciations

Les glaciers des Alpes fondent dramatiquement. Mais il y a 200 ans, ils étaient en crue, détruisant des pâturages et menaçant des alpages. Il y a 18'000 ans, une couche de glace de plusieurs centaines de mètres recouvrait presque toute la Suisse…

Peut-être espérez-vous une explication simple des causes des glaciations et des changements du climat ?

Hélas, il n’y en a pas. Aucun facteur, si important soit-il, n’explique à lui seul, et à toutes les échelles de temps, les bouleversements climatiques. La vérité se trouve dans la combinaison de mécanismes que nous vous proposons de découvrir.

Les mystères des premières glaciations

Des galets striés, trouvés en Afrique du Sud, pourraient être les premières preuves d’une glaciation sur la Terre. Ils datent de près de 3 milliards d’années. Entre 2,4 et 2.2 milliards d’années les traces de glaciations sont nombreuses : au Canada, dans le nord de l’Europe, en Afrique du Sud et en Australie. Puis elles disparaissent durant 1,4 milliard d’années, pour réapparaître entre 850 et 550 millions d’années avant le présent.

Les causes des glaciations les plus anciennes sont méconnues, tant les conditions régnant alors sur Terre diffèrent des actuelles. L’incertitude règne…

Des scénarios extraordinaires ont été proposés. Selon Paul Hoffmann de l’Université de Harvard, auteur d’une étude récente, la Terre a connu, il y a 700 millions d’années, des épisodes de glaciations si intenses que même les océans auraient gelé, pris sous 1400 mètres de glace. Les températures seraient descendues à –50 degrés, entraînant l’anéantissement de toute vie, excepté près de volcans sous-marins.

C’est le retour d’une hypothèse qui divise les scientifiques depuis que Louis Agassiz l’a émise le premier en 1837 dans son fameux discours de Neuchâtel. Depuis cette époque, des variantes de cette idée ont été débattues à sept reprises

Faut-il imaginer les glaciations du passé à la lumière de celles du présent ? Ce vieux débat n’a jamais cessé de diviser les géologues.

Le monde à l’envers : dérive des continents

Il y a 300 millions d’années, l’Afrique et l’Australie étaient couvertes de glace, pendant qu’en Europe et en Amérique du nord de luxuriantes forêts et des vastes marécages dominaient le paysage ; il y avait donc de la glace là où s’étend aujourd’hui le désert, et des vestiges de forêts tropicales fossilisées se trouvent actuellement sous la glace.

C’est la dérive des plaques tectoniques - donc des continents - qui est la cause de ce « miracle ». Alfred Wegener a découvert en 1924 que les continents voyagent à la surface du globe depuis des millions d’années. Il a prouvé que les continents du sud, l'Afrique, l'Inde, l'Australie, l'Amérique du Sud et l'Antarctique étaient réunis il y a 300 millions d’années au Pôle Sud, formant le « supercontinent » Gondwana.

Quelle relation avec le climat ? La distribution des continents est fondamentale pour les glaciations. Il faut absolument des terres émergées proches des pôles, pour qu'une glaciation soit possible, car la glace ne peut pas s’accumuler dans la mer. Pendant le Carbonifère, la plupart des continents se trouvaient proche du Pôle Sud, ce qui a permis une glaciation qui s’est étendue à partir de là jusqu’à une latitude de 40° Sud.

Même si les continents ne bougent que de quelques centimètres par année, à l’échelle des temps géologiques leur position décide du climat. Nous n’en ressentons pas les effets et l’humanité aura probablement disparu avant un nouveau bouleversement de ce type. La dérive des continents se déroule sur des millions d’années.

Milankovitch, l’intuition de l’astronome :orbite de la Terre

L'astronome serbe Milutin Milankovitch a démontré, entre 1920 et 1941, que le rythme des glaciations depuis 400'000 ans s’explique par de faibles irrégularités du parcours de la Terre autour du Soleil.

Pour Milankovitch, les causes des glaciations résident dans les irrégularités de l’orbite terrestre. Le mouvement de la Terre autour du Soleil varie de trois manières, sous l’influence combinée des autres planètes et de la Lune, selon des cycles de 100’000, de 40’000 et de 20’000 ans. Avec comme conséquence des périodes plus chaudes ou plus froides, et des saisons plus ou moins marquées.

La première variation concerne l'excentricité de l'orbite de la Terre autour du Soleil. Sur une période de 100’000 ans, elle passe d’une forme presque circulaire à une forme légèrement elliptique.

La deuxième variation est celle de l'inclinaison de l'axe de rotation de la Terre par rapport au plan de son orbite. Il varie entre 22 et 25° sur une durée de 41'000 ans.

La troisième variation est due à la précession, un changement de direction de l’axe terrestre qui oscille un peu à la manière d’une toupie, sur une durée de 21'000 ans.

Excentricité, inclinaison et précession induisent chacune une courbe d’insolation particulière. Une fois combinées, ces courbes correspondent de manière très précise aux glaciations et périodes chaudes, ce qui confirme l’intuition géniale de l’astronome.

Une panne de chauffage : courants océaniques

Il y 10'000 ans, au terme de la dernière glaciation, le climat en Europe s'est tant réchauffé qu'il faisait alors plus chaud qu'aujourd'hui. 2 degrés de plus en moyenne, qui permettaient aux forêts d'atteindre l’altitude de 2500m dans les Alpes, là où seules de maigres pelouses poussent actuellement. Puis brutalement, il y a 8200 ans, le froid est revenu. Une baisse terrible de près de 4 ° qui va durer 200 ans.

La cause de ce refroidissement se trouve en Amérique du Nord : c’est un lac immense, aujourd’hui disparu. Nommé lac Agassiz en l’honneur du savant, il était grand comme 9 fois la Suisse. Ses eaux étaient endiguées par l'énorme calotte glaciaire qui couvrait le nord du Canada, empêchant les fleuves de se déverser vers la baie d'Hudson.

Suite au retrait des glaciers nord-américains, il y a environ 8200 ans, la digue glaciaire cède et, en un temps très bref, pratiquement tout le lac se vide dans l'Atlantique Nord au travers de la Baie d’Hudson.

Les chercheurs estiment que ce colossal déversement d'eau douce a perturbé les courants de l'Atlantique Nord. La circulation du Gulf Stream aurait été interrompue. L’arrêt de ce courant marin, qui prend naissance dans les eaux chaudes du golfe du Mexique et traverse l'Atlantique, serait responsable du retour du froid en Europe.

Il y aurait donc eu une sorte de " panne de chauffage ", une panne qui rappelle que sans le Gulf Stream nos hivers seraient aussi rudes que ceux des Québécois, et que les ours blancs hanteraient les fjords de la Norvège.

Le règne glacial du Roi Soleil : Activité solaire

Le Roi Soleil porte bien mal son nom. Le règne de Louis XIV a en effet coïncidé avec l’épisode le plus froid du Petit Age glaciaire qui a marqué l’Europe entre 1300 et 1850 environ.

Cette période, que les climatologues nomment le minimum de Maunder, s’étend de 1645 à 1715. La température moyenne n’y était que de 1° inférieure à l’actuelle, mais les conséquences furent terribles. Le froid intense de certains hivers et la famine sont restés tristement célèbres. Pour ne citer qu’elles, les années 1693 et 1694 ont vu mourir près de deux millions de Français.

La variation de l’activité du Soleil, mesurée par le nombre des taches solaires, est la cause de ces calamités. Les taches solaires faisaient à l’époque l’objet d’observations soutenues et d’un vif débat. Elles avaient été étudiées dès 1609 par Galilée, l’inventeur du télescope astronomique. Dès 1645, elles se firent rares ou quasiment inexistantes et ne réapparurent que 70 ans plus tard, suivies de près par une hausse de la température.

Plus que par une simple variation de la chaleur, c’est par une modification du champ magnétique terrestre que les humeurs du soleil semblent interagir avec le climat de notre planète.

1816, l’année sans été : volcanisme

Lors d’éruptions volcaniques importantes, de grands nuages de cendres sont projetés jusque dans la stratosphère. Puis les jets streams, ces vents rapides de haute altitude, les répartissent rapidement tout autour du globe. Le temps de séjour des poussières en suspension en haute atmosphère peut durer plusieurs années durant lesquelles le rayonnement solaire qui atteint le sol est réduit.

L’éruption du volcan Tambora, en Indonésie, le 10 avril 1815, a ainsi causé un refroidissement planétaire de près de 1°C.

L’année suivante, 1816, a été catastrophique. Des pluies continuelles et de la grêle ont entraîné de mauvaises récoltes et la disette. Les vendanges ont été les plus tardives jamais enregistrées en France et en Suisse.

Durant 3 ans, les radiations solaires sont restées inférieures à la normale, voilée par une brume sèche acide, dont les glaces du Groenland gardent la trace jusqu’en 1818.

Une seule éruption ne suffit pas à provoquer un changement à long terme. Mais les plus grands événements volcaniques de l’histoire de la Terre ont probablement été la cause d’épisodes glaciaires.

Pourquoi la banquise du pôle nord est-elle si menacée ? Albédo terrestre

Pour s’être une fois brûlé les cuisses sur un siège de voiture parquée au soleil en été, chacun sait que des sièges noirs absorbent bien plus de chaleur que des sièges blancs. Mais savez-vous que la Terre réagit de même et que cette notion qui s’applique à tout objet non lumineux, se nomme albédo ?

L’albédo d’un miroir est de 100% car il renvoie la lumière en totalité. A l’inverse, l’albédo d’un objet noir qui ne réfléchit aucune lumière visible, mais seulement de la chaleur, est de 0% .

Dans le cas de la Terre, l’albédo est très variable. Il est de 75 à 95% pour la neige fraîche, de 40 à 60% pour la glace, de 30 à 40% pour la mer, de 15 à 25 % pour des cultures et de 5 à 15% pour un sol sombre.

L’albédo terrestre joue un rôle primordial dans l’équilibre du climat. La variation de l’albédo est toujours la conséquence d’un refroidissement ou d’un réchauffement de la planète. Mais ce facteur vient renforcer le dérèglement : lors d’un refroidissement, l’augmentation des surfaces neigeuses ou glacées augmente l’albédo, et diminue la part de chaleur solaire emmagasinée par la Terre. Inversement, lors d’un réchauffement, la Terre absorbe d’autant plus de chaleur que la neige tend à disparaître ! D’où une fonte encore accrue.

La fonte actuelle de la calotte polaire arctique pourrait ainsi s’emballer, si une mer qui absorbe la lumière vient remplacer une banquise qui la réfléchit !

La planète se réchauffe : Le CO2 et les gaz à effet de serre

Depuis 150 ans, le réchauffement de la planète se monte à 0.7°. Mais il est plus marqué dans l’hémisphère nord et surtout aux latitudes élevées. La cause de ce réchauffement ne fait plus de doute. C’est l’augmentation des gaz à effet de serre, conséquence du développement industriel :

Le méthane, par exemple, qui provient des rizières, des élevages ou des fuites de gaz[graphe)]. Mais surtout le CO2 . Le gaz carbonique produit par la combustion des énergies fossiles : les chauffages, les véhicules, les centrales énergétiques.

Chaque année, 7 milliards de tonne de gaz carbonique sont relâchées dans l’atmosphère. La moitié sont reprises par la végétation ou les océans, mais l’autre moitié s’accumule dans l’atmosphère. Le résultat est dramatique : la teneur en CO2 a augmenté de 30% depuis le début de la période industrielle.

On n’y coupera pas : pour espérer combattre le réchauffement, il n’y a pas d’autre solution. Il faut réduire par tous les moyens les émissions de gaz carbonique.

Le futur des glaciers ?

La glace recule partout : les glaciers et les névés alpins se réduisent comme peau de chagrin. Les banquises arctiques se désagrègent. De nouveaux rivages naissent en Antarctique, où un radeau de glace, long comme la moitié de la Suisse, a rompu ses amarres.

Mais est-ce pour autant la fin des glaciers?

La fin de l’humanité, peut-être. Elle pourrait ne pas survivre, ou alors en bien petit nombre, dans un environnement ravagé par la montée du niveau des mers et la désertification des continents.

Mais la fin des glaciations? Ce serait bien présomptueux de le croire. Elles reviendront dans quelques dizaines de milliers d’années, croyez-en les géologues, aussi certainement que la Terre continuera de se permettre quelques fantaisies dans sa danse autour du Soleil.

6. En guise de conclusion : optimisme ou pessimisme ?

Je continue le combat pour la planète et pour l’homme sans la moindre perspective de succès. Par habitude. Par devoir. Mais sans autre espérance que d’en rire ou d’en pleurer – tel le musicien du Titanic en train de jouer Plus près de toi, mon Dieu, de l’eau jusqu’au genou.

Yves Paccalet L’humanité disparaîtra, bon débarras ! 2006

Au moment où la glace recule partout et où le réchauffement du climat est devenu un sujet de préoccupation mondial, faut-il penser pour autant que les glaciers vont disparaître à jamais?

Certainement pas. Ce n’est pas pour les glaciers qu’il faut craindre car il y aura à coup sûr de nouvelles glaciations, mais bien pour l’humanité. Elle pourrait ne pas survivre au réchauffement du climat, ou alors en bien petit nombre et dans des conditions peu enviables. Un réchauffement que l’humanité engendre, c’est désormais certain, en libérant dans l’atmosphère chaque année des milliards de tonnes de CO2.

Sommes-nous capables de mettre un terme à la consommation frénétique des combustibles fossiles ? Faut-il espérer une issue heureuse?

Après plus de dix ans de tentatives peu fructueuses en Suisse et dans quelques pays d’Europe et l’absence de mesures concrètes dans le reste de la planète, il est permis d’être pessimiste.

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