Au fil de l'exposition

1. Des mythes à la réalité

En Sibérie, les habitants ont découvert depuis des siècles les ossements, les dents, les défenses et même les carcasses congelées de mammouths laineux.

Ces animaux gigantesques enfouis dans le sol ont alimenté une quantité de légendes transmises de génération en génération. Les os retrouvés ont été interprétés comme appartenant à une licorne, à une énorme taupe, au géant Teutobochus, roi des Cimbres...

Les Estoniens habitaient autrefois en Sibérie avant de migrer plus à l'ouest et le mot «mammouth» viendrait de leur langue : « maa » signifiant terre et « mut » rat, c’est à dire le rat qui vit sous terre. Le terme fut utilisé par le Hollandais Witzen dans un célèbre récit de voyage à Moscou en 1666 et repris ensuite dans toutes les langues.

En 1796, Cuvier présente le mammouth comme un cousin disparu de l'éléphant. En 1799, l'allemand Blumenbach le nomme même Elephas primigenius.

2. Au cœur de la steppe

En 500’000 ans d'existence, le mammouth a rencontré différents types de climats entre périodes glaciaires et périodes de réchauffement. Durant les périodes les plus froides, la calotte glaciaire descendait jusqu'au centre de l'Angleterre, le niveau des eaux étant inférieur de 120 m par rapport à l'actuel.

Il y a 21’000 ans, le maximum glaciaire est atteint, le détroit de Béring est exondé, les Îles Britanniques rattachées au continent.

En Europe, c'est le domaine de la steppe, et donc celui des graminées. Aux côtés du mammouth vivaient d’autres mammifères qui ont soit disparu, soit changé d'habitat :

- Le rhinocéros laineux (Coelodonta antiquitatis) aujourd'hui disparu, était bien adapté aux grandes plaines de l'âge glaciaire. A peu près de la taille de l'actuel rhinocéros blanc d'Afrique (2 tonnes, 3,5 m de long), il est étroitement apparenté à l'actuel rhinocéros de Sumatra.
- Le cerf géant (Megaceros giganteus) doit surtout son nom à ses bois spectaculaires.
- Le renne (Rangifer tarandus), abondant à l'ère glaciaire, du Nord jusqu'en Espagne, actuellement connu en Sibérie, Scandinavie, Nord Canada et Alaska.
- Le bison des steppes (Bison priscus), un peu plus gros que le bison actuel.
- Le cheval de Przewalski (Equus przewalski) actuel diffère sans doute très peu de ses ancêtres de l'âge glaciaire.
- Le boeuf musqué (Ovibos moschatus), autre espèce ayant survécu, ne vit actuellement que dans les hautes latitudes arctiques.
- Le lion des cavernes (Panthera leo spelaea), plus grand que l'actuel lion africain et sans crinière.
- La hyène tachetée (Crocuta crocuta spelaea), plus grand également que la hyène actuelle.
- L'ours des cavernes (Ursus spelaeus) aujourd'hui éteint.
- et encore : ours brun, loup, glouton et renard arctique...

3. La famille du mammouth

Le mammouth appartient au groupe des Proboscidiens (porteurs de trompe). Ce groupe est apparu au début du Cénozoïque il y a 55 millions d'années. On y dénombre quelques 160 espèces parmi lesquelles se trouvent les plus grands mammifères terrestres. A l'heure actuelle, ne subsistent que deux espèces : l'éléphant d'Asie (Elephas indicus) et celui d'Afrique (Loxodonta africanus).

L'espèce de mammouth la plus ancienne fait son apparition en Afrique il y a 5 millions d'années : Mammuthus subplanifrons. Vers 3 millions d'années, les mammouths quittent l'Afrique et s'installent en Europe. Le plus grand (4 mètres au garrot) a vécu de 2,6 à 1 millions d'années : Mammuthus meridionalis. De cette espèce descendent les deux espèces américaines M. exilis et M. columbi qui s'éteignent vers –11’000 ans et probablement le mammouth des steppes (M. trogontherii) qui vécut en Europe entre 600’000 ans et 150’000 ans.

Le « vrai » mammouth, adapté au froid et à un environnement spécifique (indiquant pour certains une fin de lignée) : c'est le mammouth laineux (Mammuthus primigenius). Il apparaît il y a 600’000 ans à l'Est de la Sibérie et se répand ensuite sur tout le continent eurasiatique. Il y a 130’000 ans, l'espèce se dissémine en Amérique du Nord, profitant d'une période d'exondation du détroit de Béring. Sur le plan anatomique, le mammouth est proche de l'éléphant d'Asie, mais de récents travaux moléculaires le donnent plus proche cousin de celui d'Afrique. Le mammouth disparaît il y a 10’000 ans à l'exception d'un petit groupe vivant sur l'île de Wrangel au nord de la Sibérie et qui s'éteint il y a 4’000 ans.

4. Une vie de mammouth

Ce mammifère herbivore grandit tout au long de sa vie, comme l'éléphant. Les plus vieux mammouths pouvaient vivre jusqu'à 60 ans et les mâles mesurer 3 m au garrot pour 5 tonnes.

Le crâne robuste est allégé de cavités remplies d'air. La bosse au garrot épouse la forme des premières vertèbres dorsales aux apophyses hautes et puissantes où s'insère un solide ligament relié au crâne, qui porte en moyenne 100kg d'ivoire et 100kg de trompe.

Les défenses sont les incisives supérieures, elles poussent toute la vie de l'animal. Les autres dents sont des molaires, 2 en haut et 2 en bas, avec lesquelles le mammouth mastique d'avant en arrière. Une fois usées, les dents tombent et sont remplacées par d'autres, 5 fois de suite au cours de la vie de l'animal en comptant les dents de lait. Vers 60 ans, les dernières molaires usées ne sont pas remplacées et l'animal meurt de faim. La nourriture du mammouth est constituée en majorité d'herbes de la grande steppe. Il lui en faut 180 kg par jour, accompagnés de 80 litres d'eau.

Sous sa peau de pachyderme (2 cm), une couche de 8 cm de graisse le protège du froid. Trois types de poils sont présents : une bourre duveteuse de 5 à 6 cm contre la déperdition de chaleur, des crins de 15 à 30 cm de long pour isoler du froid et les jarres, des poils épais, creux et très longs, jusqu'à 90 cm. Les oreilles et la queue sont de taille réduite pour éviter les déperditions de chaleur. Un repli de peau ou clapet anal protège entièrement l'anus de l'animal.

Le comportement social devait être voisin de celui des éléphants actuels.

5. Des mammouths et des hommes

Présents en Europe entre 200’000 et 30’000 ans, les Néanderthaliens ont côtoyé les mammouths, de même que l'homme moderne. Il était chassé occasionnellement, mais plus probablement objet de charognage. Tout était utilisé sur une carcasse de mammouth, viande, moelle, graisse, os, poils, dents.

Des parures, objets, statuettes en ivoire sont nombreux dans l'art paléolithique. Des représentations pariétales ou mobilières du mammouth demeurent une exception - le cheval, le renne ou le bison sont beaucoup plus présents - exception faite de la grotte de Rouffignac en Dordogne (-14 000 ans).

6. Le bloc de Jarkov

En 1997 un nomade Dolgan, Guenady Jarkov, découvrait un mammouth congelé. Celui-ci a été prélevé avec le permafrost qui l’entoure. Entreposé à – 12°C, ce bloc de 13 m3 pesant 23 tonnes est décongelé très lentement et bout par bout, afin que les scientifiques puissent étudier le corps de l’animal en détail (réplique).

7. La hutte de Mézine

Dans les steppes à mammouth, la végétation est constituée d’herbes et de buissons épars. Il n’y a pas de matériau pour la construction de huttes, mis à part les ossements de mammouths ! A Mézine (Ukraine) on a découvert cinq cabanes en ossements. Ce « village » devait abriter une cinquantaine de personnes. Plus de cent mille objets façonnés par les hommes du Paléolithique ont été retrouvés : grattoirs, burins, pointes de silex, aiguilles à chas, hameçons, sagaie. On y a aussi découvert deux bracelets en ivoire de mammouth, ornés de décors géométriques.

8. La fin des mammouths

Dès 20’000 ans, le climat se réchauffe. Les glaces fondent, le niveau des mers remonte. Des lacs se forment, des îles se créent et des détroits s'ouvrent, formant autant d'obstacles là où des passages existaient auparavant. La végétation se modifie également. La forêt se déploie et remplace la steppe herbeuse dans les régions méridionales, tandis qu'au nord, la toundra (mousse, lichens et champignons) s'installe. Le mammouth très spécialisé et adapté à un environnement bien particulier, n'aurait pu survivre lors des bouleversements relativement rapides qui se sont produits à la fin de l'ère glaciaire. Quelques voix s'élèvent pour contester cette explication et accusent les hommes et une chasse trop intensive. Les mammouths ont au cours de leur histoire subi d'autres périodes de réchauffement climatique et ont survécu. Pourquoi pas cette fois?

L'hypothèse la plus communément admise demeure celle selon laquelle le mammouth s'est éteint à cause de la transformation très rapide de son environnement. En plus des difficultés techniques, la possible résurrection de l'espèce par clonage à partir de l'ADN prélevé sur les mammouths congelés de Sibérie est donc compromise par le fait que le milieu dans lequel ils vivaient a disparu. Où serait leur place dans notre monde d'aujourd'hui?

Les mammouths en Suisse

Grâce à la collaboration de l’Office de la culture du canton du Jura, du Musée cantonal de géologie de Lausanne et du Paläontologischen Institut und Museum der Universität Zürich, le public pourra admirer plusieurs pièces spectaculaires. Des découvertes récentes faites dans la commune de Courtedoux (canton du Jura) seront exposées pour la première fois. La salle des « Mammouths en Suisse » est aussi l’occasion de découvrir la faune présente en Suisse il y a 40'000 ans environ : rhinocéros, bison, chevaux sauvages, lion, hyène et ours des cavernes, etc. Cette salle imaginée par l’équipe du Muséum de Neuchâtel sert aussi de zone d’accueil. Une animation organisée conjointement avec l’Atelier des musées permettra aux enfants de travailler sur le dossier « Secret défense » en essayant de résoudre l’énigme de la disparition des Mammouths.


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