20 mai 1988 au 8 janvier 1989
Papillons
En présentant plus de 1000 papillons de Suisse et du monde entier, I'exposition se veut d'abord un hommage à la beauté.
Les milieux favorables à ces insectes se raréfient fortement, en Suisse comme ailleurs. Aujourd'hui déjà, la constitution d'une collection comparable à celles de Frédéric de Rougemont ou de Samuel Robert, vieilles de près d'un siècle, ou même à celle plus récente de Max Buro, serait très difficile. Puisse cette exposition souligner l'urgence de la sauvegarde de ces joyaux vivants et de leurs milieux vitaux.
Cette exposition qui a occupé les 2 niveaux de l'aile est du musée, soit une surface d'environ 400 m2, était divisée en cinq sections.
La LSPN a offert l'exposition introductive "Sauvez les papillons" ainsi qu'un montage audiovisuel, partiellement remanié par les soins de Catherine et Jean-Paul Haenni-Rohm et de Eric Dubois. Le CSCF a présenté l'Atlas de distribution des papillons diurnes de Suisse, alors qu'un jeu sur ordinateur permettait au visiteur de tester ses connaissances (section 1).
La section 2 "Chez l'amateur de papillons", due aux talents de bricoleur et d'éleveur d'insectes André Schertenleib, a permis d'observer sous le microscope les détails de l'anatomie des papillons et des chenilles et de suivre l'élevage de diverses espèces dont la liste a varié au cours de la saison.
La section 3 "Papillons de Suisse" présentait les papillons diurnes dans leurs milieux, en démontrant le rôle décisif du biotope pour le maintien d'une faune diversifiée. Une information de première main a été fournie par Yves Gonseth dont la thèse de doctorat est consacrée précisément à ce sujet. Quelques magnifiques aquarelles de chenilles de Léo-Paul Robert, prêtées par le Musée Robert de Bienne, complétaient la présentation. A leur sujet, le musée a reçu de la part de M. Marc Robert de Neuchâtel une importante correspondance (plus de 40 lettres et cartes) signée de la main de Frédéric de Rougemont, adressée à Léo-Paul Robert.
Plusieurs collaborations scientifiques ont permis la réalisation de la section " Particularités biologiques " (section 4): M. M. Haechler, de la Station agronomique fédérale de recherches de Changins, pour les ravageurs des denrées et des cultures et M. P.-J. Charmillot, de Changins également, pour les attractifs sexuels utilisés dans la lutte contre les ravageurs. M. W. Baltenschweiler, de l'ETH à Zurich, pour la tordeuse du Mélèze et M. J.-M. Ducommun, du Laboratoire cantonal de Neuchâtel, pour les ravageurs domestiques.
La dernière section (5) offrait une note d'exotisme avec la présentation de spécimens magnifiques provenant du monde entier, ainsi qu'un certain nombre de records et de curiosités.
Enfin, il ne faudrait pas passer sous silence la qualité exemplaire de la mise en place, œuvre de Anne Ramseyer dont les dessins de biotopes et la subtilité des tons des fonds d'exposition ont largement contribué au succès de l'exposition.
Malgré leur fraîcheur apparente, les spécimens exposés ont été tirés essentiellement de collections vieilles de plus d'un siècle, constituées par deux pasteurs neuchâtelois: Samuel Robert pour la collection mondiale, riche en 1946 de 23'000 spécimens, et Frédéric de Rougemont, un authentique biologiste de terrain, pour la collection régionale. Il faut encore citer la magnifique collection de Suisse méridionale des années 40 et 50 offerte en 1987 par M. Max Buro, de Sierre.
Pour éviter toute dégradation des papillons à la lumière, tous les éclairages fluorescents ont été munis de filtres, et un dispositif particulier de détection a éteint les vitrines en l'absence de visiteurs. Ces mesures ont semble-t-il été efficaces puisque lors du rangement des insectes, après huit mois d'exposition, aucune décoloration n'était perceptible.
Nous terminerons ce compte rendu de l'exposition papillons par la publication des propos tenus par le professeur Willy Matthey lors de l'inauguration et par un document inédit illustrant des cas concrets de M. Yves Gonseth, décrivant le recul des espèces dans le canton de Neuchâtel.
Raréfaction des papillons : l'exemple neuchâtelois
Y avait-il plus de papillons autrefois ? Répondre de façon nuancée à cette question est plus difficile qu'il n'y paraît. Dans la plupart des cas en effet, les témoignages anciens sont peu précis, voire inexistants.
Par chance, une étude importante sur les papillons neuchâtelois a été réalisée à la fin du siècle passé par le pasteur F. de Rougement, de Dombresson. Son catalogue, publié en 1904, nous livre, pour chaque espèce recensée dans le canton, un indice relatif d'abondance permettant, malgré son imprécision, une comparaison avec la situation actuelle de la faune évaluée grâce à une étude intensive effectuée entre 1984 et 1987.
Le constat est alarmant. Sur les 120 espèces de papillons diurnes du Jura occidental (de Rougemont en signalait 115 pour le canton de Neuchâtel), 17 n'ont plus été observées aujourd'hui et 41 autres se dont dramatiquement raréfiées. Un fait extrêmement alarmant doit en outre être souligné: la plupart des autres espèces sont actuellement confinées à de très petites surfaces disséminées sur tout le canton. Les dix exemples ci-après résument cette situation.
L'intensification des pratiques agricoles et sylvicoles qui ont occasionné une extrême banalisation du paysage actuel de notre canton (raréfaction des pâturages et des prés exploités de manière extensive, des lisières naturelles, des prairies sylvatiques et des forêts claires) est la cause principale de cette régression catastrophique.



